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Alors que le monde se meurt, Avril, une jeune fille, tente tant bien que mal d’élever Kid. Entre leurs expéditions pour trouver de la nourriture et les leçons données au petit garçon, le temps s’écoule doucement… jusqu’au jour où le mystérieux passé d’Avril les jette brutalement sur la route. Il leur faut maintenant survivre sur une terre stérile pleine de dangers. Stéphane Servant, avec tout son talent de conteur, nous plonge dans un univers post-apocalyptique aussi fascinant que vénéneux. Une lecture addictive !

Sirius de Stephane Servant
[ #ISBN:9782812614330 ]

Je ne reviendrais pas sur le résumé qui se trouve juste au-dessus. Je me suis procuré le livre à « Livre Paris ». J’ai préféré acheter la version Papier que de le lire en numérique. Tout simplement parce que mon cerveau se détend et ne s’attarde pas sur les moindres détails que mon œil affuté voit plus facilement en version numérique.

Je dois dire qu’il était sur un très beau stand, mais vraiment au milieu de livres jeunesse, « très jeunesse », « trop jeunesse » ?

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Direction site Rouergue dans la collection Epik. Sirius de Stephane Servant.

Alors, je voudrais donner mon point de vue sur cet aspect de la jeunesse. Est-ce qu’un livre où les héros sont des jeunes doit être catégorisé jeunesse ? Je ne l’ai pas trouvé si jeunesse que ça. Non, pas du tout jeunesse. Je dirais que 16 ans est vraiment l’âge le plus jeune et encore… Des thèmes forts sont abordés et ils peuvent, notamment pour des ados, réveiller en eux une certaine mélancolie, un mal-être existentiel. Pour peut que la personne soit dubitative face à notre monde et c’est bon, on l’a littéralement perdu !

Nous sommes sur une fin du monde, mais pas de panique non plus, nous ne sommes pas dans un livre hollywoodien où des zombies dévorent tout, des jeunes sortent de nulle part armés jusqu’aux dents près à vous montrer que le flingue existe aussi en rose et où les recharges se trouvent au supermarché du coin au rayon à côté des jouets (je n’invente pas). Non, rien de toute cette extravagance de la gâchette facile, pas de sensibilité du doigt ni vulgarité libératoire de la fin du monde pieux et puritain. Ouf, j’ai eu peur moi-même !

Mais alors pourquoi ce livre est tout de même « dur » ? (remarqué les guillemets)

Il est accessible, très très bien écrit, fluide et tellement bien dépeint !

Avril l’héroïne et son petit frère Kid se retrouve un peu dans une version de seul au monde. Mais comme une histoire n’existe pas s’il ne s’y passe rien, ils vont partir (par suite d’événements qui ne leur en laissent pas le choix) sur la route pour un ailleurs que seul le petit Kid semble avoir intégré et non Avril la grande soeur.

Nous sommes donc plongés directement dans une ambiance très spéciale. La fin du monde n’est pas demain, mais hier. Nous sommes justes dans l’après. Et là vous pouvez imaginer la réaction que l’on aurait ?! : « Et maintenant ? »

Face à nous une jeune fille, qui élève un enfant, seule depuis 5 ans et on sait tardivement que l’enfant à lui 7 ou 7 ans et demi, pas moins. L’enfant parle avec un langage rudimentaire et pose des questions simples. Répétant inlassablement les mêmes choses au début du roman ; un arrêt du temps à travers le langage. Sans oublier la souffrance de la séparation d’avec les parents que doit vivre le bambin et sa sœur.

Un peu facile me direz-vous ?

Et bien quelque part, non au contraire. Cette réalité et cette façon d’aborder le sujet sont faites à la perfection.

Un enfant qui vit avec une seule jeune fille pour famille aura un langage moins développé. D’autant qu’ils vivent sans télé, radio, au milieu de nulle part et sans interagir avec d’autres adultes. Ce qui nous laisse comprendre que la solitude est pesante aussi grande que le paysage qui les entourent.

Les ouvrages de Françoise Dolto (mère de Carlos pour ceux qui ont connu) expliquent parfaitement la régression ou la non-évolution des enfants soumis à des contacts peu développés par manque d’interaction avec des adultes.

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Avril est seule face à un tout petit depuis 5 ans. On peut s’attendre à ce qu’elle ne parle pas trop, la solitude s’immisce dans sa tête, son passé, sa nouvelle vie répondant ou répétant les mêmes mots. Elle a vécu un traumatisme, la fatigue, la solitude de ne pas communiquer avec d’autres adultes ce qui incite Kid à devenir « sauvage » (là aussi entre guillemet parce que le sauvage est généralement pas celui qu’on croit). Nous voyons d’ailleurs parfaitement qu’elle-même se lasse de répondre uniquement aux mêmes questions ; oubliant que la communication passe par autre chose que des réponses identiques à longueur de temps. La méthode qu’elle aborde pour élever Kid est celle qu’elle arrive à lui offrir à travers ses possibilités face à la contrainte d’une terre détruite. Pour une mère seule et adulte, élever un enfant est déjà difficile alors pour Avril…

Au-delà de ça, on réalise assez vite que le comportement de l’enfant est innocent, n’ayant pas les codes que nous connaissons et transmettons inconsciemment à nos bambins de 2018. Et la liberté de Kid libre dans une nature sans limites ni interdictions sociales l’incite à se rapprocher plus du comportement animal qu’humain.

Cela pourra gêner certain, mais pas d’autres.

Stephane Servant Auteur
Interview Stephane Servant

Sur cette terre ravagée, suite à cette apocalypse insidieuse, la vie est régie de façon inconnue. Avril fait preuve de raisonnement en mode « instinct de survie ».

Après qu’ils prennent la route, l’auteur nous transporte dans un road trip bien plus avec nous-mêmes qu’avec l’histoire elle-même. Je ne saurais dire mieux. Si vous avez été face à la nature, vide de l’intervention humaine, vous retrouverez le sentiment fort qui vous a habité à ce moment de la lecture. Bien plus qu’une simple histoire de chemin, nous sommes en balade avec le cheminement de l’humanité et tout ce qu’elle a de plus beaux comme de plus laids. Et c’est certainement là que les ados pourraient en pâtir. Lorsque l’on entre dans la vie adulte, le passage entre la jeunesse et la responsabilité de s’assumer questionne beaucoup les ados. Que faisons-nous sur Terre, l’intérêt de notre vie et de notre société. Le but et notre finalité. Avec une approche parfaitement orchestrée et une écriture qui vous transporte immédiatement avec les différents personnages où vous vivez en pleine face les sentiments des différents protagonistes, vous comprendrez immédiatement ce que vous pourriez ressentir si vous étiez à la place des héros.

J’ai pleuré parce que l’expérience des voyages et des rencontres avec les autres populations nous offrent les mêmes interrogations, sensations et questionnements que Sirius. Ses sentiments de solitude, de compréhension de l’importance du sens de la vie, la perte de plusieurs membres proches de sa famille et tout ce mélange à la perfection.

Des larmes ont roulé en silence le long de mes joues me remémorant la réalité que l’auteur nous transmet.

Alors Ado ? Je ne sais pas. Un adulte y trouverait une forme de réflexion bien plus puissante puisqu’il aurait les outils de son vécu pour l’aider à analyser et intégrer des notions existentielles.

Dans tous les cas, cette lecture authentique vous transportera de plus d’une seule façon. Il restera en moi me rappelant souvent le sens de la vie.

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